Pourquoi les changements d’eau ne sont pas efficaces

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Pourquoi les changements d’eau ne sont pas efficaces (contre les Nitrates et Phosphates)

Je suis certain que beaucoup de lecteurs sont passionnés par le changement d’eau, c’est tellement fun et rapide que l’on aimerait le faire tous les jours !!!! Bien sûr que non. Si il y a bien une opération que beaucoup d’aquariophiles repoussent facilement c’est le changement d’eau.

Pourquoi on fait nos changements d’eau ?

Les changements d’eau permettent de remplacer une partie d’eau « sale » par un volume d’eau propre, réduisant de ce fait les concentrations en substances polluantes dans l’aquarium.

Dans un bac établi, les nitrates et les phosphates sont les deux principaux polluants qui s’accumulent. On espère donc en éliminer un maximum par le changement d’eau, car un développement d’algues se produit quand ces éléments sont présents en quantité dans l’eau.

Calcul d’efficacité rapide à comprendre.

Prenons un bac de 100 Litres d’eau

Comme préconisé nous changeons 10% par mois (donnée empirique donnée dans de nombreux livres même si certains conseillent 20%, cela ne changera pas grand chose au calcul).

Admettons un taux de PO4 et NO3 de départ :

  • PO4 : 0,1
  • NO3 : 20

Procédons au changement d’eau et mesurons le résultat. Il sera environ de :

  • PO4 : 0,09
  • NO3 : 18

Grosse déception : tant d’efforts pour si peu de résultat, de quoi se décourager.

Changeons 20 %

  • PO4 : 0,08
  • NO3 : 16

Passons à 50 % de changement d’eau

  • PO4 : 0,05
  • NO3 : 10

Mais alors pourquoi on fait cette action pénible ?

Cette action n’est pas inutile voir indispensable dans certains cas. Le changement d’eau permet de rapporter des oligo-éléments consommés, d’apporter des calciums et magnésiums et de baisser légèrement certaines pollutions en absence de résines pour les retirer, mais toujours de façon très modeste.

Un gros changement d’eau de 30 à 50 % est plus simple sur un petit volume que sur un gros (évidence quand tu nous tiens). Changer 50% de 60 litres, cela fait 30 litres : autant dire que cela tient dans 2 sceaux. 50% de 1000 litres, on a déjà besoin d’une sacrée installation pour le faire.

C’est pourquoi un petit volume, on peut presque ne pas avoir d’écumeur ni ajouts de calciums et autres éléments, car c’est compensé par de gros changements d’eau. Il est alors important de bien choisir son sel (enrichit ou non …..).
Sur un volume plus important, on va apporter les éléments via des pompes doseuses ou réacteurs. Pour l’épuration, nous ferons confiance à la biologie ou des outils techniques.

Comment alors agir sur les nitrates et phosphates de façon efficace ?

Les premiers exportateurs de nos aquariums sont les bactéries. On va grâce à nos pierres et sables dégrader les nutriments et les transformer. Cette action est réalisée par les plus importants habitants de nos aquariums et pourtant invisibles, les bactéries. Pour que cela soit efficace, il faut les cultiver.
Voir :

Le second moyen simple est la culture. Alors pas d’aquaponie ici en tout cas pas de culture nourricière pour l’homme. On va utiliser la capacité des plantes à utiliser ces éléments pour leur croissance. Les plantes procéderont alors à une photosynthèse ce qui aboutira à une élévation du PH.

Pour cela 2 grandes techniques :

Dans les 2 cas, il faudra éclairer fort (il n’y a presque pas de limite mais plus il y aura de PAR et PUR mieux les algues pousseront).

Pendant 18 à 20 heures par jour (les plantes ont besoin d’un temps de repos), un spectre pour plantes (rouge et bleu surtout mais un blanc chaud avec le bon spectre fera des merveilles).

Il ne manque pas un truc ?

Ou est passé notre écumeur ? L’écumeur est important en méthode berlinoise mais inexistant en méthode Jaubert ou DSB. Son rôle épurateur est certain en méthode berlinoise, il va éliminer les protéines de l’eau ainsi que d’autres polluants. Dans les autres méthodes, c’est une action biologique dans le sable qui va avoir ce même effet.

Le principe d’équilibre

Il est courant de lire ici ou là que certains ont de supers résultats sans faire de changements d’eau. Pour le débutant, c’est tentant : il y voit une façon de se soulager d’un poids de maintenance important ainsi que de dépenses liées à l’achat de sel.

Ces aquariums souvent beaux ont un choix de population très réfléchie. Les ajouts se font avec parcimonie (pas de nourrissage à la louche) et on y laisse l’équilibre biologique faire son œuvre.

Ce rêve est accessible mais les compétences nécessaire dans la compréhension de chaque mécanismes biologique n’est aujourd’hui pas accessible à tous. De plus, les choix réfléchis de population limitent les craquages en magasin pour un corail ou un poisson coup de cœur.

Ces exploits sont l’œuvre d’aquariophiles passionnés expérimentés. Moi-même qui écris ces lignes, je ne m’en sens pas capable aujourd’hui.

Conclusion

Ce titre un peu racoleur, je l’espère, vous a amené à un article plus terre à terre. Cela permet aussi de voir que même si on fait des changements d’eau, l’impact est parfois minime et que d’autres pistes sont intéressantes à étudier. La mode de l’ULNS pousse beaucoup de monde à des dépenses folles mais une compréhension d’ensemble permet de faire des économies.

Bien sûr, je continue souvent de conseiller de débuter par un changement d’eau en cas de hauts niveaux de nitrates et phosphates. Ce sera toujours cela en moins à devoir dégrader ensuite. C’est un peu comme un médicament pas cher et qui n’a pas d’effets secondaires.